Les déconnectés, bientôt les plus branchés ?

Le smartphone devient un appendice cérébral, le réfrigérateur nous envoie un mail pour demander d’aller faire les courses (après, il commandera directement en ligne)… 2013 appuiera-t-elle la généralisation de la connexion permanente ? L’être humain le souhaite-t-il réellement ? Alors que l’histoire semble entraînée dans une fuite en avant technologique, Havas a mené une étude qui montre l’importance des communautés déconnectées, qui rassemblent 9,3 millions de Français, soit 18,4 % de la population.

Havas média France a présenté une étude sur la France des déconnectés en septembre dernier.
Il existe en France deux grandes catégories de déconnectés. D’une part, ceux qui subissent cette déconnexion malgré eux. D’autre part, ceux qui se tiennent à l’écart d’internet par choix ou se limitent dans son usage.

Ça donne à prendre en compte une population qui n’a pas accès à internet.

Globalement, 25 % des foyers français n’ont pas d’accès à internet, chiffre qui passe à 57 % des foyers dont les revenus mensuels sont inférieurs à 1500 €.
Précisément, les exclus représentent 3,8% de la population.

 « Le média des bonnes affaires est inaccessible à ceux qui en ont le plus besoin. Le progrès s’accélère trop rapidement pour eux. Ils ont un sentiment de décrochage, ils ne peuvent pas suivre. Avec 8 millions de Français qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté (soit 13 % des Français), cette population est amenée à arbitrer entre dépenses informatiques et dépenses culturelles voire alimentaires. »

Cette population est sur-représentée parmi les 35-59 ans, avec présence dans le foyer d’enfants de moins de 15 ans. On dit des ados d’aujourd’hui qu’ils sont des digital natives, mais 16 % d’entre eux n’ont pas accès à internet.
La décision de ne pas s’équiper en internet est plus importante dans les foyers avec des revenus mensuels nets inférieurs à 1900 €, mais aussi dans les communes rurales et comptant moins de 20.000 hab.
En effet, les opérateurs ont délaissé l’équipement en offre à haut débit et prix bas dans les territoires les plus ruraux car les moins rentables. Souvent, les collectivités, en particulier les conseils généraux, ont compensé mais le débit peut être assez faible, la solution pour monter en qualité étant alors d’avoir recours à une solution par satellite… au coût plus élevé.

Ça donne à considérer une population qui ne veut pas d’internet.

Pour eux, c’est rédhibitoire. Pas la peine de les évangéliser ou de leur amener la fibre, ils n’en veulent pas !
Ceux-ci, que l’étude nomme les « minitélistes », représentent 4 % de la population au-dessus de 15 ans. Ils sont sur-représentés parmi les femmes, les 50-65 ans et plus, retraités, dans la classe moyenne inférieure.
Ainsi 55 % des retraités et 75 % des 70 ans et plus ne disposent pas de connexion internet (vs 25 % des Français).

« Le média de la relation est inaccessible à ceux qui sont le plus touchés par la solitude, l’isolement. Pour eux, le progrès s’accélère trop rapidement alors qu’ils se considèrent comme pas doués pour l’informatique. Ils ne se tiennent pas volontairement au courant des développements technologiques. » Pourquoi faire l’effort alors qu’on peut vivre sans ces moyens de communication ? 

Ça donne à considérer une population qui ne veut pas trop d’internet

Les Français sont de plus en plus dépendants d’internet !

  • 27,6 % répondent souvent à des mails professionnels après le travail ou lors des week-ends/congés.
  • 37,7% répondent souvent à des SMS ou messages pendant le déjeuner.
  • 53,3 % laissent le téléphone allumé au cinéma, musées…

Mais ils en ont conscience :

  • 62,9% ont le sentiment d’utiliser ces nouvelles technologies beaucoup ou trop
  • 55,5% pensent qu’internet et les réseaux sociaux peuvent devenir une drogue
  • 39,5% considèrent le manque de connexion internet comme un vrai problème, une gêne, un manque.

En particulier dans la relation de leurs enfants à internet :

  • 74,1 % pensent qu’internet peut devenir une addiction pour leurs enfants
  • 64,1 % souhaiteraient avoir plus de contrôle sur les usages que leurs enfants font de leur smartphone.
  • 41,5 % trouvent que leurs enfants consacrent trop de temps à l’utilisation de leur smartphone.

Ils expriment le fait qu’il faut doser internet :

  • 74,8 % se déconnectent car ils se retrouvent trop sollicités, reçoivent trop de messages, de pub,
  • 59,3 % car ils souhaitent se ménager un peu de tranquillité pour eux-mêmes,
  • 52,5 % car cela coupe de la vraie vie, des relations avec la famille, les amis…

Une nouvelle tendance est donc apparue : les déconnectés choisis. Tient-on là la population éclairée du futur, celle qui aura trouvé l’équilibre encore en voie d’apparition ?

Havas identifie deux sous-groupes différents :

Les flippés
Ils rassemblent 3,6 millions de Français, soit 7,1 % de la population ! Leur durée de connexion internet est inférieure à 1 h, ils ne donnent pas d’information personnelle, n’expriment pas leurs opinions sur le web, se méfient des informations qui y circulent. Enfin, ils ne comprennent pas les réseaux sociaux.
Ils sont sur-représentés dans les 35-39 ans actifs ou jeunes retraités, parmi les foyers avec présence d’enfants de moins de 15 ans, et avec des revenus nets supérieurs à 2700 €.

Les déconnectés 2.0
Ils forment une communauté de 1,7 millions de Français, soit 3,4 % de la population. Diplômés, leur durée de connexion internet est inférieure à 1 h. Ils peuvent se passer d’internet, aiment se couper de la technologie et Internet n’est pas une source d’information prioritaire. Ils assument leur anticonformisme.
Ils sont sur-représentés chez les 25-49 ans, les cadres, avec présence d’enfants de moins de 15 ans dans le foyer, et appartiennent à la classe aisée.

Au-delà du profil sociologique, le déconnecté 2.0 n’est pas réfractaire à internet, au contraire. Mais il veut en prendre le meilleur, à savoir ce qui lui simplifie la vie, et en veut pas aller au-delà.
D’ailleurs, il se connecte plus que la moyenne pour échanger du courrier à 64 % (indice 116), pour déclarer ses impôts à 33 %, (indice 126), il y achète des services, de l’alimentation, des produits à 29 % (indice 113), y consulte des plans, itinéraires, à 49 % (indice 118).
« Consommateur sélectif de médias, il est libre dans ses choix de consommation, libre de se connecter pour des usages hyper-pragmatiques et de se déconnecter instantanément. »

En conclusion, l’étude d’Havas montre qu’internet sépare les Français en deux camps, voire les rend passablement schizophrènes. Pour 66,2 % d’entre eux, « cela rend la vie plus riche, c’est une opportunité », et pour 65,1 %, « c’est indispensable ». Mais parallèlement, pour 36,4 %, « cela présente des risques réels, cela rend la vie plus stressante » et 25% des Français disent que le manque de temps les empêche d’être plus gentils.
Pour les départager, la sagesse du plus grand nombre aura le dernier mot, inattaquable : pour 85 %, « tout est dans l’équilibre, il faut apprendre à maîtriser ces technologies ».
Et bah voilà !

Auteur: 
Yann-Yves Biffe